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Jean Baptiste et l’histoire

Jean Baptiste et l’histoire

Jean Baptiste et l’histoire

 

Jean Baptiste fut une des grandes figures du judaïsme au début de notre ère…

 

Jean Baptiste fut une des grandes figures du judaïsme au début de notre ère. Il intéresse particulièrement les chrétiens en raison des liens que Jésus eut avec lui. Portons d’abord sur lui un regard d’historien.
Comment connait-on Jean Baptiste ?
On le connaît par le Nouveau Testament où son nom revient 90 fois, ce qui est beaucoup. On le connaît aussi par Flavius Josèphe, historien juif né en 37/38 après J.-C. Voici un extrait de ce que dit Josèphe : « Hérode (Antipas) avait fait tuer Jean quoique ce fût un homme de bien et qu’il excitât les Juifs à pratiquer la vertu, à être justes les uns envers les autres et pieux envers Dieu pour aller ensemble au baptême; car c’est à cette condition que Dieu considérait le baptême comme agréable, s’il servait, non pour se faire pardonner certaines fautes, mais pour purifier le corps, après qu’on eût préalablement purifié l’âme par la justice. Des gens s’étaient rassemblés autour de lui, car ils étaient très exaltés en l’entendant parler » (Flavius Josèphe, Antiquités Juives).
Quelle place occupait Jean dans le judaïsme de l’époque ?
On sait qu’il existait, au tournant de notre ère, de grands partis religieux, structurés, comme les sadducéens, les esséniens, les pharisiens. Ils représentaient, pourrait-on dire, le judaïsme officiel. Les pharisiens, par exemple, encadraient la vie des gens par le moyen des synagogues répandues dans toutes les villes et les villages. Mais à côté de ces partis, il y eut des mouvements religieux moins structurés, plus spontanés, qui proposaient le salut à tous. Ce furent les mouvements baptistes, appelés ainsi à cause du rite qui consistait à s’immerger dans l’eau. C’est dans ces mouvements qu’il faut situer Jean Baptiste.
Jean baptiste vivait dans le désert. Or, dans le désert, il y avait aussi la célèbre communauté de Qumrân. Jean en faisait-il partie ?
Jean vivait dans le désert plus ou moins proche de Jérusalem, près du Jourdain (Mat 3, 1-5; Jn 1, 28). On n’est pas sûr de pouvoir localiser l’endroit avec précision. Quoi qu’il en soit, il ne vivait pas très loin de la communauté « essénienne » de Qumrân, proche de l’endroit où le Jourdain débouche dans la mer Morte. Jean avait certainement entendu parler de cette communauté, mais cela ne suffit pas pour dire qu’il en faisait partie. On doit remarquer en effet qu’à Qumrân, on vivait en communauté fermée. Ce n’était pas le cas de Jean. Même s’il avait des disciples, il n’était pas complètement séparé du monde extérieur avec eux. Les gens de Qumrân étaient des sectaires intégristes. Ils jugeaient durement les prêtres de Jérusalem et les gens qui les suivaient. Ils n’avaient aucun souci des étrangers. Jean, lui, voyait venir vers lui des gens de partout. Sa prédication et son baptême s’adressaient à tout le monde. Enfin, les juifs de Qumrân ne connaissaient pas le rite du baptême. Ils pratiquaient des ablutions fréquentes, ce qui était bien différent.
En quoi le baptême de Jean et les rites d’ablution étaient-ils différents ?
Les rites d’ablution étaient pratiqués par tous les Juifs, qu’ils soient pharisiens ou sadducéens. À Qumrân, ils avaient une importance particulière. Ils servaient à entretenir et à retrouver, si on l’avait perdu, le degré de pureté rituelle dans lequel on se trouvait. Un pharisien qui revenait du marché pratiquait des ablutions parce qu’il avait été en contact avec des personnes qui avaient un degré de pureté rituelle inférieur au sien (Marc 7, 4). À Qumrân, un ancien ne fréquentait pas un novice parce que celui-ci était jugé «moins pur». Ces purifications se faisaient avec une eau lustrale, préparée spécialement. Jean, lui, pratiquait son baptême dans des eaux non faites pour les ablutions, les eaux du Jourdain.
Mais surtout, il faut bien voir que les ablutions ne concernaient que l’état de pureté rituelle ; elles n’enlevaient pas le péché. Celui-ci relevait des « sacrifices pour le péché » offerts au Temple. Or, le baptême de Jean est relié au péché. Matthieu le dit nettement : « Ils se faisaient baptiser par lui dans le Jourdain en confessant leurs péchés » (3, 6). Ainsi, ce baptême prenait la place qu’avait, au Temple, le sacrifice pour le péché. Dans son désert, Jean baptiste, fils de prêtre, déplaçait les points de repère de la religion et relativisait l’institution des sacrifices.
De telles remises en cause par Jean du système religieux doivent être rapprochées de la prédication sur là fin des temps. Devant l’annonce de la fin, rien ne tient, ni l’état de pureté rituelle, ni les sacrifices qu’on offre au Temple. Tout est soumis à la colère de Dieu. Une seule urgence: se convertir et sceller la demande de pardon dans ce rite du baptême qui rend insignifiant tout autre rite institué. La prédication du Baptiste est radicale.
Comment situer Jean Baptiste par rapport à Jésus ?
Pour les premiers chrétiens, Jean Baptiste est celui qui « annonce » Jésus. L’historien devine entre Jean et Jésus dès liens plus complexes. L’un et l’autre sont les deux grandes figures émergeant de ces mouvements baptistes dont nous avons parlé plus haut. Et l’on peut reconstituer leur itinéraire ainsi.
Tout d’abord Jésus quitta un jour la Galilée et vint du côté de la Judée où il se fit baptiser par Jean (Marc 1,9). Un tel comportement montre bien comment le début de la vie publique de Jésus s’enracine dans ces mouvements baptistes qui offraient à tous
la possibilité d’un salut en ravivant l’espérance d’un intervention radicale de Dieu dans le monde. Puis Jésus se fit lui-même baptiseur et groupa des disciples autour de lui, des disciples dont les premiers vinrent de l’entourage du Baptiste (Jn 1,35). Deux groupes ainsi se formèrent, assez proches l’un de l’autre. Puis le groupe de Jésus se développa davantage; il faisait « plus de disciples » que Jean (Jn 4,1).
En fait, avec Jésus, un type de baptisme différent de celui de Jean était né. Jean resta dans le désert et continua sa prédication centrée sur la conversion et le jugement. Jésus, lui, quitta-le désert et commença sa prédication en Galilée, dans les lieux mêmes où habitaient les gens. Jean menait une vie austère, portait un vêtement original, se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage (Mat 3, 4).
Jésus s’habillait comme tout le monde et n’hésitait pas à participer aux réjouissances populaires en sorte que certains le traitaient d’ivrogne et de glouton (Mat 11, 18-19). Mais qu’on ne s’y trompe pas: Jésus remettait aussi radicalement en cause les gens qu’il rencontrait que le Baptiste. Simplement il inaugurait un type de présence différent et peut-être plus dangereux aux yeux des autorités religieuses, car il portait sa prédication dans les lieux habités et non plus dans le désert.
Quel jugement peut-on porter, en conclusion, sur Jean Baptiste ?
Ce fut une grande, une très grande figure du judaïsme d’alors. L’historien Josèphe en fait un portrait louangeur. Quant aux évangélistes, ils auraient pu être tentés de le minimiser pour mieux faire ressortir la grandeur de Jésus. Or ce n’est pas le cas. Ils s’efforcent de le mettre au service de Jésus tout en reconnaissant sa grandeur : « Parmi ceux qui sont nés d’une femme, il ne s’en est pas levé de plus grand que Jean Baptiste; et cependant, le plus petit dans le Royaume des cieux est plus grand que lui » (Mat 11, 11).

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