523 views

Divorce et le remariage. Qu’en dit la Bible ?

Divorce et le remariage. Qu’en dit la Bible ?

Quel pasteur n’a jamais été confronté à des situations de divorce, à des demandes de remariage ? La fragilisation actuelle du couple a des répercussions jusque sur les bancs de nos églises. Comment accompagner dans ces situations ? Dans cet article, nous poursuivons la réflexion sur ce sujet, entamée dans le Cahier précédent. Si le premier volet de cette série parlait de la pratique pastorale, ce deuxième volet va se pencher sur des textes bibliques qui paraissent faire preuve de peu de flexibilité sur ces questions ? Comment les appliquer dans notre suivi pastoral ?

 

Dans les pages qui suivent, j’aborde les textes de la Bible en ayant constamment en tête mon ministère pastoral, et ce qu’il implique parfois: l’accompagnement de couples en difficultés, de personnes divorcées, de personnes remariées. Mais aussi en m’attachant à une lecture la plus fidèle possible.

Avant d’aller de l’avant il faut ajouter une précision. La Bible utilise en général le terme “répudiation” là où nous disons “divorce”. Même si l’inverse était considéré comme possible (cf. Mc 10.12 ; cf. 1 Co 7.10), la répudiation c’était, le plus souvent, le renvoi de la femme par son mari, sans que celle-ci ait son mot à dire. Cela nous choque. Les droits de la femme étaient loin d’être ce qu’ils sont aujourd’hui. Et il est évident que le chrétien peut se réjouir des acquis des sociétés modernes sur ce plan. On doit se souvenir que les textes bibliques émanent d’une autre époque. Cela ne doit pas nous décourager d’y trouver la Parole de Dieu : Parole divine donnée à une époque ancienne certes, mais Parole qu’il nous faut entendre et retranscrire pour notre époque.

 

L’ANCIEN  TESTAMENT PERMET-IL  LE DIVORCE ?

Que dit l’Ancien Testament sur le divorce ? Même si le chrétien se tourne prioritairement  vers les textes du Nouveau Testament, il ne peut ignorer les passages plus anciens  qui en constituent l’arrière-plan.

Interdiction du divorce.

Deux textes de la loi interdisent explicitement la répudiation dans des circonstances particulières : lorsqu’un homme accuse faussement sa femme d’avoir eu des relations sexuelles avant le mariage (Dt 22.13-19) ; lorsqu’un homme a épousé la jeune fille non-fiancée qu’il avait contrainte à des relations sexuelles (Dt 22.28-29).

Un autre texte de l’Ancien Testament interdit explicitement le divorce : Malachie 2.13-16. On y trouve, au verset 16, la parole divine : “Je hais la répudiation”. On peut lui donner le sens suivant.

Après avoir critiqué la pratique du mariage mixte (v.10-12) le prophète s’oppose à la répudiation (v. 13-16). Pour justifier leur pratique du divorce, des hommes auraient invoqué l’exemple d’Abraham qui a répudié Hagar (Gn 16 et 21). Le verset 15 y ferait allusion. Il faudrait le traduire : “Pas un n’a fait cela avec un reste de bon sens. Et pourquoi l’un – Abraham (l’a fait) ? (Parce qu’il) cherchait une descendance de Dieu ! Gardez votre bon sens ! Ne trahissez pas la femme de votre jeunesse !” Selon cette hypothèse, le prophète chercherait à présenter la répudiation d’Hagar comme un cas unique lié à la nécessité de protéger Isaac, le descendant promis. C’est l’option de la traduction du Semeur. La difficulté avec cette interprétation, c’est qu’Hagar n’était pas la femme de la jeunesse d’Abraham.

On peut comprendre l’allusion probable à Abraham d’une autre manière. Le prophète proposerait en exemple le fait qu’il n’a jamais répudié Sara – la femme de sa jeunesse – quand bien même elle ne lui donnait pas de descendance. Dans ce cas il faudrait traduire le verset 15 : “Pas même ce cas unique – Abraham – n’a fait cela bien qu’il ne lui reste qu’un souffle. Et que représente ce cas unique qui cherchait une descendance de Dieu ?(1). Gardez votre bon sens ! Que personne ne trahisse la femme de sa jeunesse !” Le prophète invoquerait l’exemple emblématique de l’ancêtre Abraham. À l’arrière-plan de ce verset il y aurait la pratique de la répudiation pour cause d’infécondité de la femme (2). La répudiation pour un tel motif était haïssable aux yeux du Seigneur.

Possibilité du divorce ?

Le texte de Deutéronome 24.1-4 présente une loi casuistique, c’est-à-dire une loi formulée à partir de situations particulières. Toute la question est de savoir où, dans le texte, se trouve la loi, et à quel cas précis veut-elle répondre ?

Selon la traduction de la Nouvelle Bible Segond on aurait deux disposi- tions législatives. La première, au verset 1, établirait l’obligation d’écrire une lettre de rupture en cas de répudiation. La seconde disposition se trouverait dans les versets 2-4 : elle concernerait l’impossibilité, pour le mari qui a répudié sa femme, de la reprendre à lui si, dans l’intervalle, elle a été remariée à un autre homme. Selon cette traduction, ce texte proposerait donc deux lois : une sur l’obligation de remettre une lettre de divorce en cas de répudiation et la seconde sur l’impossibilité d’un cas particulier de remariage.

Mais la grande majorité des commentateurs actuels rejette cette façon de lire Deutéronome 24. La TOB ou La Bible du Semeur proposent une autre traduction dans laquelle les versets 1-3 constituent l’explicitation du cas particulier, et le verset 4 la loi en tant que telle :

Si un homme répudie sa femme en lui remettant une lettre de divorce, qu’elle quitte sa maison et se remarie à un autre homme, que ce second mari la répudie à nouveau selon la même procédure…
… alors son premier mari ne pourra pas la reprendre pour épouse.

Selon cette compréhension, il n’y a pas deux lois, mais une seule, qui concerne l’impossibilité d’un type particulier de remariage : un homme ne peut pas reprendre celle qu’il a répudiée si elle a été remariée entre- temps. Si cette lecture est juste, et cela semble bien être le cas au regard de sa conformité au texte hébreu, ce texte ne donne aucune prescription sur le divorce, il ne légalise pas une forme de divorce. Il reconnaît simplement que la pratique de la répudiation existait lorsqu’un homme trouvait “quelque chose d’inconvenant” chez sa femme. En fait, comme le dit Christopher Wright, le divorce comme le mariage étaient encadrés par la juridiction familiale privée et non par les codes de lois civiles qu’on trouve dans les écrits bibliques (3).

On peut s’étonner devant l’imprécision du motif de la répudiation : “quelque chose d’inconvenant”. L’expression hébraïque ‘erwât dabar pourrait littéralement se traduire : la nudité des choses. Le terme ‘erwâh est, presque toujours dans la Bible, un euphémisme pour désigner les parties sexuelles (par exemple Lv 18.6,7,8,9…). L’expression semble donc avoir affaire avec une forme d’inconvenance sexuelle, sans qu’il soit possible d’être beaucoup plus précis.

La loi sinaïtique ne prescrit donc pas le divorce. Tout au plus peut-on dire qu’elle reconnaît l’existence d’une pratique encadrée par la juridiction familiale. Toute la question pour nous est de savoir ce que vaut cette reconnaissance : vaut-elle approbation ou non ? Il est difficile de répondre sur la base de ce seul texte. Toutefois, quand on sait que d’autres lois interdisent expressément la répudiation (voir Dt 22.19,28-29), on peut admettre que, en mentionnant la pratique sans l’interdire, cette loi lui reconnaît une certaine légitimité.

Des divorces imposés

Les livres d’Esdras (9-10) et de Néhémie (13.23ss) racontent comment, après le retour de l’exil, des Judéens mariés à des femmes étrangères furent dans l’obligation de les répudier. Mais on peut considérer que l’on a affaire ici à une situation tout à fait exceptionnelle. Avec ces mariages, le schéma qui avait conduit à l’exil babylonien risquait de se reproduire (cf. Esd 9.13ss ; Né 13.26ss) ? C’est pour éviter de revivre le trauma- tisme de l’exil que ces mesures exceptionnelles furent prises.

Comments

comments

Related posts

Leave a Comment